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Emploi

NEETs: ces jeunes qui préoccupent l’Europe

On 23, Mar 2015 | In Emploi, Europe, Formation, Revue de presse |

Sud Info

Ni en formation, ni aux études, ni employés, les 14 millions de jeunes « NEETs » inquiètent l’Europe. La mise en activité de cette population représente un enjeu majeur au niveau économique, mais pas seulement…

Le phénomène NEETs

Le phénomène NEETs

Peu de gens ont déjà entendu parler des NEETs et pourtant, chacun en compte certainement plusieurs dans son entourage. Acronyme de « Not in education, employment or training », le terme a été créé en 2008 pour désigner une population jeune (entre 15 et 29 ans) qui n’est ni en formation, ni aux études ni sur le marché de l’emploi. Une sorte de situation néant hélas de plus en plus présente dans nos sociétés européennes.
D’après une étude de l’European monitoring centre of change (EMCC), les NEETs seraient plus de 14 millions sur le continent et leur nombre va globalement en augmentant. On remarque cependant de grandes disparités: dans des pays comme le Danemark, la Suède ou les Pays-Bas, les NEETs représentent moins de 10% de la tranche des 15-29 ans tandis qu’ils sont plus de 20% dans des nations en crise comme l’Espagne, l’Italie ou l’Irlande. La Belgique se situe entre les deux avec environ 14% de NEETS dans sa population jeune.

Qui sont les NEETs ?

Certaines populations comme les immigrés, les handicapés ou les jeunes divorcés semblent plus enclines à entrer dans cette catégorie, mais le chemin qui y conduit est généralement jalonné d’une succession de mauvaises orientations, d’échecs, d’opportunités manquées, etc. « On devient rarement un NEET volontairement« , précise Jean-Pol Lefebvre, coordinateur à la Mirec (Mission Régionale pour l’Insertion et l’Emploi à Charleroi). « Quand on creuse un peu dans le vécu de cette population, on retrouve souvent des problèmes familiaux, sociaux, etc. Mais le phénomène NEET trouve aussi ses racines dans la crise économique et au niveau sociétal. Ces jeunes sont issus d’une génération très individualiste, dans laquelle le travail n’est pas toujours une finalité, et qui n’a souvent pas conscience des engagements mutuels de notre société. »
Puisqu’ils sont sans emploi et/ou sans formation, les NEETs vivent en effet dans une économie différente. Ils survivent grâce à l’aide de leurs proches, via des activités parfois illégales ou encore grâce aux aides sociales. Le coût de cette inactivité a de quoi inquiéter les autorités: les NEETs coûteraient chaque année plus de 153 milliards à l’Europe – soit 1,2% de son PIB.

Et l’Europe?

Face à cette situation, l’Europe a décidé de prendre les choses en mains en commandant d’abord une étude sur le phénomène, puis en lançant le programme Progress en 2013. Ce dernier rassemble des associations de sept pays qui ont décidé d’analyser la situation chez eux, d’identifier les initiatives mises en place pour mettre les NEETs en activité et de partager avec les autres pays les expériences les plus réussies. La Mirec, pour laquelle travaille Jean-Pol Lefebvre, y participe. « Même si l’on retrouve des NEETs partout en Europe, leurs caractéristiques sont différentes dans chaque pays« , précise-t-il. « En Espagne ce sont par exemple beaucoup de jeunes bien formés mais touchés par la crise tandis qu’en Belgique on a davantage affaire à des personnes qui ont décroché du système scolaire. Malgré ces disparités, il faut proposer des solutions généralistes, adaptables dans d’autres pays« .
Lors de la réunion qui clôturait Progress fin janvier 2014, la Mirec a décidé de mettre en avant deux projets belges: le PFI (Plan Formation-Insertion) jeunes du Forem et les Ateliers du savoir-travailler, qu’elle organise. Le premier de ces deux projets permet aux jeunes peu qualifiés et demandeurs d’emploi de moins de 25 ans de réaliser un stage rémunéré dans une entreprise. Le taux d’insertion de ce PFI-jeunes est évalué à 95%, même si seulement 65% des jeunes stagiaires vont jusqu’au bout de leur formation.
Les Ateliers du savoir-travailler misent quant à eux sur la responsabilisation sociale des jeunes afin de faciliter leur mise à l’emploi. Maintenant que Progress est clôturé, la Mirec envisage cependant d’aller plus loin. « Il ne faudrait pas que tout ça n’ait servi à rien« , confie le directeur général, Antonio Del Valle Lopez. « La Mirec pourrait lancer à l’avenir un projet pilote qui s’inspirerait des solutions les plus efficaces dégagées par Progress. » Objectif prioritaire: diminuer la population des NEETs.

Marie-Eve Rebts

TROIS QUESTIONS A…

Guy Bajoit, docteur en sociologie

« Difficile d’inventer sa propre vie »

On compte plus de 14 millions de NEETs en Europe. Le rapport au travail aurait-il changé?
« Oui. Jusqu’il y a quelques décennies, la culture valorisait la souffrance et les gens supportaient de peiner pour accomplir leurs devoirs envers la société. Aujourd’hui, la culture de la consommation, de la compétition et de la communication les appelle au droit plus qu’au devoir, au plaisir plus qu’au sacrifice, à l’individu plus qu’au collectif. Dès lors, le travail n’a de sens que s’il permet de se conformer aux impératifs de la culture subjectiviste régnante: « sois toi-même », « choisis ta vie », « vis avec passion », « prends garde à toi », « sois tolérant ». Ces valeurs se retrouvent dans le rapport au travail, mais aussi dans le rapport à l’enseignement, à la politique, à la vie affective… »

Comment cela explique-t-il le nombre élevé de chômeurs parmi les jeunes?
« Il y a un décalage entre ce que la culture ambiante fait espérer aux jeunes (un emploi intéressant et créatif, qui leur permet d’être acteurs de leur existence personnelle) et ce que le marché du travail leur offre (pour beaucoup: des emplois précaires, mal payés et dépourvus de créativité). Donc, forcément, il y a des chômeurs: des jeunes qui cherchent mais ne trouvent pas, d’autres qui trouvent mais perdent leur emploi, d’autres qui ne supportent pas de devoir « perdre leur vie pour la gagner », d’autres qui désespèrent, renoncent et trichent avec le système. C’est plus difficile de faire son chemin dans un monde qui vous appelle à « inventer votre propre vie » que dans celui d’hier, qui l’inventait pour vous!  »

Quelle est la meilleure façon de réagir, d’éviter que les jeunes fuient ou profitent du système?
« Changer de système! Je veux dire abandonner la logique folle d’un capitalisme néolibéral, dont les conséquences sociales, écologiques, culturelles et psychologiques nous mènent droit dans le mur! Mais pour cela, il faut construire une force sociale et politique suffisamment puissante pour arrêter cette machine infernale. »

M.E.R.