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Belgique

09

Déc
2014

In Belgique
Revue de presse

L’écart entre riches et pauvres se creuse

On 09, Déc 2014 | In Belgique, Revue de presse |

9 décembre 2014

La Libre

Raphaël Meulders et L. Lam

Le constat est interpellant. D’après l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’écart entre les riches et les pauvres n’a jamais été aussi élevé depuis 30 ans au sein des pays développés. Actuellement, les 10 % les plus riches de la population des 34 pays que compte l’organisation gagnent 9,5 fois plus que les 10 % les plus pauvres. Dans les années 80, ce ratio était encore de 7 pour 1. « Dans beaucoup de pays, les revenus des plus pauvres ont augmenté beaucoup plus lentement que celui des riches durant les années prospères et ont même chuté lors des périodes de récession », explique le dernier rapport de l’OCDE, dont « La Libre » a pu prendre connaissance. D’après le document, le pourcent le plus riche des habitants des pays développés est celui qui a le plus profité de ces années de croissance économique.

Il y a quelques exceptions. Les inégalités sont ainsi moindres en Grèce (même si le pays a connu de nouvelles disparités ces cinq dernières années dues à la crise) et en Turquie depuis trente ans. La Belgique est aussi l’un des rares pays, avec la France et les Pays-Bas, à être épargné par cet accroissement subit : les inégalités y ont grandi de manière « peu significative » dans notre pays, d’après l’OCDE.

La Belgique, sixième pays le plus égalitaire

L’organisme se base sur le coefficient de Gini qui chiffre les inégalités de revenus de 0 à 1. Plus un pays se rapproche de 0 (scénario où tout le monde possède le même revenu), plus il est égalitaire. Au contraire, plus son coefficient est proche de 1 (une seule personne possède tous les revenus), plus l’écart entre riches et pauvres est important. Notre pays est ainsi passé d’un coefficient de 0,25 en 1985 à 0,26 en 2011, dernière année étudiée pour la Belgique. La croissance belge des inégalités est donc moindre que celle de la moyenne des pays de l’OCDE qui est passée d’un coefficient de 0,29 à 0,32.

D’après ce rapport, notre pays est d’ailleurs désormais le sixième pays le plus égalitaire, en termes de revenus, des pays de l’OCDE. Dans ce domaine, la Belgique est désormais devancée par la Norvège, le Danemark, la République tchèque, l’Islande ou la Slovénie. Elle dépasse la Suède (qui était le pays le plus égalitaire en 1985), la Finlande, le Luxembourg ou encore l’Allemagne. Les inégalités de revenus se sont particulièrement accrues dans des pays tels que la Finlande, Israël, la Nouvelle-Zélande, la Suède ou les Etats-Unis, depuis les années 80.

« Il faut des politiques qui s’adressent aux bas revenus »

L’étude de l’organisation va un pas plus loin. D’après l’OCDE, les inégalités de revenus au sein d’une population sont néfastes à la croissance économique. « En vingt ans, le développement des inégalités a coûté 10 % de croissance du Produit intérieur brut au Mexique et à la Nouvelle Zélande, près de 9 % au Royaume Uni, à la Finlande ou à la Norvège et 6 à 7 % aux Etats-Unis », affirment les auteurs de l’étude. L’une des raisons invoquées par l’OCDE est la suivante : les personnes à bas revenus désinvestissent dans l’éducation de leurs enfants. Les difficultés financières rencontrées actuellement par les classes moyennes inférieures dans de nombreux pays développés seraient un « facteur clé » de cet impact sur la croissance. « Les pays ne doivent pas simplement s’attaquer à la pauvreté, il faut aussi des politiques qui s’adressent aux bas revenus de manière plus générale », expliquent les auteurs. D’après eux, « les politiques qui aident à limiter ou renverser les inégalités ne rendront pas seulement les sociétés moins injustes, mais aussi plus prospères ». « S’attaquer aux inégalités via des taxes et des politiques de transfert ne nuit pas à la croissance économique, du moins si ces politiques sont bien conçues et implémentées », affirme l’OCDE. D’après l’organisation, les efforts de redistribution doivent se concentrer sur les familles avec des enfants et des jeunes, « c’est là où les investissements clés sur le capital humain doivent être réalisés ».

Selon Philippe Defeyt, économiste à l’Institut pour un développement durable, « le grand perdant de la mondialisation est la classe moyenne ».