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Belgique

Comment le salaire minimum devient une arme «anti-crise» dans le monde

On 03, Fév 2014 | In Belgique, Emploi, Europe, Revue de presse |

Réduire les inégalités de revenus qui se sont creusées avec la crise et aider les « working poors », ces travailleurs pauvres dont le salaire est insuffisant pour vivre décemment.

 

Des deux côtés de l’Atlantique, c’est devenu une préoccupation majeure. Certains pays misent sur la même recette : le salaire minimum. Mardi soir, dans son discours sur l’Etat de l’Union, le président américain Barack Obama a appelé le Congrès à « donner une augmentation à l’Amérique » et à augmenter de 40 % le salaire fédéral minimum, bloqué depuis 2009 à 7,25 dollars de l’heure.

En Europe, l’Allemagne, l’un des rares pays riches à ne pas encore avoir mis en place de salaire minimum, a changé d’avis. Sous la pression des sociaux-démocrates du SPD, la grande coalition s’est engagée à fixer un salaire minimum horaire de 8,5 euros à partir de 2015.

La mesure est décriée par certains, notamment parce qu’elle alimenterait le chômage et freinerait la croissance, mais de plus en plus d’économistes en soulignent les effets bénéfiques.

Les Etats-Unis: le credo d’Obama

La hausse du salaire minimum d’embauche des fonctionnaires fédéraux annoncée par Barack Obama mardi s’inscrit dans le cadre de la guerre contre la pauvreté lancée il y a plus de 50 ans par Lyndon Johnson. En annonçant qu’il allait instaurer par décret une augmentation de 7,25 à 10,10 dollars de l’heure, puis en recommander son élargissement par le Congrès à tous les salariés du pays et son indexation à l’inflation, le président des Etats-Unis prend acte d’un certain délitement du rêve américain. Dans l’Amérique de 2014, 40 % de la population s’identifie comme appartenant aux couches défavorisées, beaucoup redoutant que l’embellie économique récente ne profite qu’aux plus aisés. Pas étonnant que 73 % des Américains se déclarent en faveur d’une telle hausse du salaire minimum, même si le financement d’une telle mesure demeure encore très flou. Une virulente bataille se profile, les élus républicains ayant déjà exprimé leurs doutes autour d’un programme au coût faramineux.

L’Allemagne: Merkel et la justice sociale avec exceptions

Malgré les protestations du patronat, Angela Merkel s’est résignée à introduire le salaire minimum en Allemagne au cours la prochaine législature. Ce compromis avec les sociaux-démocrates veut introduire un minimum de 8,50 euros bruts de l’heure dès 2015 avec de possibles dérogations aux accords collectifs jusqu’en 2016. Mais il y aura des exceptions à ce salaire minimum qui concerne 5,6 millions de personnes (17 % des salariés) : travailleurs saisonniers de l’Est, étudiants, apprentis, jobs subventionnés etc.).

L’Europe: politique de modération

Au début de la crise financière et jusque fin 2009, les responsables politiques européens ont eu résolument recours au salaire minimum comme outil de protection sociale pour les travailleurs les plus vulnérables, note l’OCDE. Ensuite, le salaire minimum a été dans la plupart des cas augmenté uniquement dans le but de compenser l’inflation. Les salaires minima réels (hors inflation) ont nettement moins augmenté ou ont même baissé dans certains pays développés.

Le gel du salaire minimum ou sa diminution ont fait partie des mesures d’austérité imposées aux pays de la zone euro en difficultés. En Grèce, il a été fortement réduit (-22 %) à la demande de la Commission européenne et du FMI et, au Portugal, il a été gelé

La Belgique: le salaire minimum s’élève à 1.501,82 euros

Chez nous, aucune loi ne fixe de salaire minimum. Il est le fruit des conventions collectives de travail conclues au sein du Conseil national du travail, ce qui le rend obligatoire. Selon les chiffres d’Eurostat, la rémunération minimum légale en Belgique est de 1.502 euros brut, soit le deuxième salaire minimum le plus élevé d’Europe après le Luxembourg (1.874 euros).

Le salaire minimum belge a augmenté de 29 % en dix ans en Belgique, et de 36 % au Luxembourg. Les deux pays sont talonnés par les Pays-Bas, dont le salaire minimum s’établit à 1.478 euros (+ 18 %), la France, avec 1.430 euros (+ 30 %) et l’Irlande, 1.462 euros (+ 36 %).

En Belgique, « seuls » 6 % des travailleurs belges touchent le salaire minimum, alors que la moyenne européenne est de 17 %.

L’économiste Philippe Defeyt nuance : « Beaucoup de travailleurs belges se situent à quelques dizaines d’euros près du salaire minimum. Attention aux raccourcis ».

http://jn.lesoir.be/#/article/68862